Contes de faits de “retour à la terre”

Portrait de Florence Battut et Julien Devaux, de l’association Le Jardin d’Amélie – janvier 2017

J’ai rencontré l’équipe du Jardin d’Amélie, Florence Battut et Julien Devaux, un jour de grand froid dans le jardin de Corinne à Meudon, dans la banlieue de Paris. J’ai partagé avec eux la préparation hivernale du jardin et du sol.  Ce jour-là, il faisait -2°C, et pour l’occasion, mes pinceaux ont gelé (…). Immersion en terre froide au pays des jardins comestibles qui rendent heureux.

Portrait des valeurs du Jardin d’Amélie : souvenirs de Florence, valeurs et histoires du jardin en un dessin

 

Le Jardin d’Amélie, ou comment Florence Battut redonne vie à nos souvenirs d’enfance.

Le Jardin d’Amélie est une histoire de racines et de souvenirs, ceux que Florence Battut garde de sa grand-mère. Et d’absurdité aussi, lorsque Florence a changé de regard sur le monde qui l’entoure. Depuis plus d’un an, cette jeune femme a les mains dans la terre et encourage tous ses voisins à faire de même en installant des jardins comestibles et participatifs dans les espaces publics et privés de Meudon.

Remettre de la cohérence, en se connectant à autre chose qu’au wifi…

Pour imaginer ce projet, Florence s’est inspirée de ses propres souvenirs d’enfance : « Amélie était ma grand-mère. Lorsque j’étais en vacances chez elle, je passais mes journées entre la cuisine et le jardin, une sorte de connexion directe entre ces deux univers que nous partagions en famille ». « Partage » et « Connexion » sont ainsi devenus les maîtres mots du Jardin d’Amélie : la connexion entre l’assiette et la terre, et le partage qui naît de ces deux univers.

 « Jusqu’en 2015, je travaillais dans la communication en tant que responsable du développement, et j’observais autour de moi : nous habitions à Meudon, dans un environnement urbain certes, mais avec de très beaux espaces verts. Et nous devions prendre la voiture et parcourir plus de 6 km pour aller faire nos courses chez Biocoop … Il y avait là quelque chose qui ne collait pas. Le Jardin d’Amélie est une initiative de bon sens où l’on recrée des jardins comestibles de proximité, pour ne pas aller chercher ailleurs ce qu’on peut produire ici. » Florence a ainsi créé son Jardin d’Amélie, une association qui aménage des jardins publics et privés en jardins comestibles, en s’appuyant sur les principes de la permaculture.

La tomate juteuse et goûteuse tout droit sortie d’un jardin comestible du Jardin d’Amélie

Cultiver la nature et le vivre ensemble…

« Tout l’intérêt de mettre des jardins dans la ville, c’est de s’y rencontrer ! Et s’il y a bien des choses qu’on partage naturellement, ce sont nos astuces de jardinage et de cuisine : on a tous parlé jardin avec son voisin et recettes de cuisine avec ses collègues ». Pour inciter encore plus au partage, Florence a imaginé des ateliers participatifs. Le principe est simple : les adeptes du projet se retrouvent régulièrement dans un des jardins déjà aménagés par le Jardin d’Amélie. Florence et Julien expliquent et apprennent à tous à gérer leur propre espace en respectant les principes de la permaculture : entretien et aménagement du jardin, enrichissement du sol, utilisation de la matière organique (tonte ou taille des arbres), entretien du compost, couvert végétal pour le sol, préservation des ressources, biodiversité avec des hôtels à insectes. « L’objectif, c’est d’essaimer la pratique et de faire en sorte que chacun puisse cultiver le jardin que nous venons d’aménager au coin de la rue ou au fond de son jardin ». Deuxième avantage, et non des moindres : ces ateliers sont l’occasion de recréer des espaces de convivialité entre collègues et habitants de la même ville. « Finalement, nos jardins comestibles cultivent aussi le vivre ensemble : nous sommes des cultivateurs de liens » explique simplement Florence.

Pour aller plus loin et continuer à créer du lien et reconnecter les Hommes à la nature, Florence et Julien veulent poursuivre le développement du Jardin d’Amélie en s’adressant aux entreprises, aux copropriétés, aux maisons de retraites et aux écoles. « Nous avons proposé le réaménagement d’un jardin dans une copropriété parisienne » ajoute Julien. Une copropriété du 17ème arrondissement est effectivement à l’œuvre avec une dizaine de foyers qui viendront bientôt cultiver leur jardin au cœur de Paris et entretenir leur propre compost. « Ces projets sont à imaginer sur le long terme car nous devons convaincre de l’intérêt de nos jardins participatifs et comestibles à chaque étape. Nous voulons convaincre les entreprises des bienfaits d’aménager leurs espaces verts avec des jardins comestibles cultivés par et avec les salariés : un vrai enjeu et nous y croyons beaucoup ! Si les entreprises ne bénéficient pas d’espace verts, elles peuvent aussi soutenir et participer à des jardins comestibles pédagogiques ».

… Et aussi, cultiver le bonheur…

Le Jardin d’Amélie est aussi une formidable occasion d’effleurer le bonheur et de le partager. Florence nous confie que l’un des premiers jardins qu’elle a aménagé avec Julien, est le jardin de Brigitte. « Lorsque Brigitte a découvert le dessin de son nouveau jardin, son visage s’est illuminé d’un grand sourire en nous disant qu’il était le même que celui de sa grand-mère. Je retrouvais là mes propres souvenirs. Nous partagions aussi cette joie-là. Nos jardins transmettent aussi du bonheur. A nous, comme à nos jardiniers ».

« Le jardinage aide au bien-être » explique Julien. « Je suis designer de mobilier par ailleurs, j’ai toujours eu ce besoin de bricoler, d’utiliser mes mains et j’adorais construire des cabanes dans le jardin quand j’étais enfant. Je fais un lien direct entre le Jardin d’Amélie et mon métier : celui de devoir respecter les systèmes environnant pour créer.  Je respecte le lieu dans lequel je dois implanter un meuble, de la même façon, nous sommes à l’écoute de l’environnement pour imaginer nos jardins comestibles ».  Florence termine « Avant toute chose il faut observer ! Comprendre où on est et comment le jardin et le sol vivent, lire les conditions  particulières du lieu comme on lit la météo, attendre le bon moment pour agir. Ce sont autant d’ingrédients de bonheur. Tout cela nous reconnecte à nous et à la nature, et nous donnons à nos jardiniers la possibilité de goûter à cela ». S’il fallait encore démontrer l’intérêt du jardinage comme une activité qui ressource et déstresse, voilà qui est fait ! 

 

En savoir plus sur Le Jardin d’Amélie

 

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Portrait de Hang et Alex, fondateurs de La Petite Cagette – octobre 2016

Hang et Alex apportent la campagne dans la ville avec la Petite Cagette

Hang est vietnamienne, Alex est parisien et leur crédo, désormais, c’est « La Petite Cagette », leur point de vente alimentaire dédié au « circuit court de bons produits » issus de l’agriculture biologique, dans le 11ème arrondissement de Paris.

Le B to B vu par La Petite Cagette : du bureau au bio.

Alex plante le décor : « Notre projet, c’est plus qu’un projet de création d’entreprise, c’est un projet de vie ». Hang et Alex viennent tous les deux d’univers a priori éloignés de l’alimentaire.  « On travaillait dans des quartiers d’affaires, pris dans une marée de costumes-cravates. Après nos études, une fois rejoint le monde du travail, nous nous posions déjà des questions devant la déconnexion que nous vivions à notre échelle : on était sensibilisé au respect de l’environnement, au fait de consommer autrement et responsable, mais nos activités professionnelles nous menaient dans un monde moderne qui avance sans trop se poser de questions.»

Pour pallier ce décalage, Hang et Alex ont choisi de se reconnecter à leurs valeurs. Après un séjour dans une exploitation agricole biologique, ils décident de passer à l’action et d’incarner le changement. C’est en partant du constat de leurs propres besoins qu’ils ont imaginé leur Petite Cagette. « On voulait manger des produits locaux, bio, et peu transformés. Et tout cela à la fois, à Paris, ce n’est pas toujours simple ». Ils ont recruté des producteurs présents dans le réseau Wwoofing France (réseau de fermes biologiques) pour créer leur propre réseau de fournisseurs et ouvrir leur point de vente en 2014. La Petite Cagette s’appuie désormais sur quelques exploitations agricoles bio, pratiquant pour certaines la biodynamie* ou la permaculture**, exclusivement en France, et au plus proche de la capitale pour réduire le transport. « Pour la plupart, nos fournisseurs sont des néo-paysans : des gens qui comme nous, un jour, ont quitté une situation professionnelle qui était trop éloignée d’eux et ont fait le choix du retour à la terre ». Hang renchérit : « c’est un vrai plaisir de travailler avec eux : ils sont heureux, très ouverts aux initiatives nouvelles, et partagent beaucoup. Nous échangeons quelque chose de plus avec eux. Ils ne sont pas de simples fournisseurs. »

Prendre le client par la main pour l’accompagner dans son propre changement.

Selon Alex : « notre principale caractéristique, c’est que nous ne proposons pas tous les produits, tout au long de l’année. Notre projet, c’est un peu de rapporter la campagne à la ville, et la campagne à son rythme, celui des saisons. La Petite Cagette est déconnectée de la demande du consommateur, parce qu’elle est reconnectée à ce que la terre peut offrir ».

Ce parti-pris perturbe forcément les clients de temps en temps. Hang explique : « cette année, nous avons vu arriver les premières tomates en juillet : quand elles arrivent dans les cagettes, c’est un peu comme si l’été arrivait dans le magasin, et nous sommes très heureux de retrouver les tomates ». Certains clients, par contre, ont du mal à s’habituer à ce rythme saisonnier. Mais pour d’autres, qui deviennent des fidèles, le message passe : « une fois, un client nous a remercié, parce que maintenant, il a le sentiment de voir passer les saisons à Paris. Finalement, nous sensibilisons les gens, en les accompagnant vers une consommation différente. C’est presque de la rééducation et c’est ça qui fait plaisir : nous sommes des guides et nous les accompagnons dans une nouvelle démarche. »

 Deux légumes emblématiques dans l’histoire de La Petite Cagette ?  

La patate douce du Val d’Oise!

“Dans l’imaginaire du consommateur français, la patate douce est exotique, or on en cultive en France, dans le Val d’Oise. Ça a surpris beaucoup de nos clients! »

 

Le chou kalé, un légume “révolutionnaire” en 2014…

 

 

 

 

 

 

“En 2014, à l’ouverture, le chou kalé était surprenant pour beaucoup de gens, alors qu’il est cultivé en France mais peu proposé car il se conserve mal. Il a fallu expliquer ce que c’était, comment le conserver et le cuisiner. »

 

 

 

 

 

 

 

 

*biodynamie : système de production agricole reposant sur le concept d’organisme agricole qui consiste à regarder toute ferme, tout domaine agricole comme un organisme vivant, le plus diversifié et le plus autonome possible, avec le moins d’intrants possible. 

**permaculture : méthode globale qui vise à concevoir des systèmes en s’inspirant de l’écologie naturelle et de la tradition.

En savoir plus sur La Petite Cagette

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