Fabienne Cottret

* Cheminer et émulsionner le vivant des vivants *

Voyage… Pourquoi je parle souvent de voyage?

Voyage… Pourquoi je parle souvent de voyage?

UN VOYAGE EST UN ESPACE DE TEMPS QUI PROMET UN DÉPAYSEMENT, C’EST UNE EXPÉRIENCE DU DÉPAYSEMENT.

J’entends dépaysement au sens du changement de système de repères, d’habitudes. Se vivre soi, ailleurs.

Pour moi, un voyage n’est pas forcément loin, pas forcément exotique. Un voyage commence par oser quitter son propre système de valeurs et de repères pour s’immerger dans un système qui n’est pas le mien. C’est de l’ordre de se confronter à la différence ou à l’autre, et de voir ce que cela produit, génère, fait naître. Ça commence par la curiosité. Dans nos sociétés occidentales, nous n’avons pas de castes, mais nous avons des CSP. Lorsqu’on prend une voie dans ses études, on s’oriente vers un type de CSP et en changer ensuite n’est pas commun. On croise alors des gens « comme nous », sorte d’entre soi parfois stérile. Pour moi, se mettre dans des situations où on va se mélanger, dans d’autres lieux, en lien avec la « différence », que cette différence soit ethnique, physique, idéologique, sociale… c’est déjà un voyage (ex : engagements bénévoles au service des démunis, accompagnement d’handicapés moteurs, malvoyants…).

Un voyage est donc, pour moi, actif.

« On voyage pour changer non de lieu, mais d’idées »

Hippolyte Taine

Un voyage n’est pas forcément long, il peut s’agir d’un temps court, pas forcément répété. Un voyage est de l’ordre de l’expérience, voire de l’aventure, quelque chose de vécu qui imprègne les sens, le corps, puis l’esprit par ricochet. Un voyage est l’acte par lequel je me mets volontairement dans une situation de déracinement qui permet, en retour, un ré-enracinement, un meilleur ancrage. Une expérience entre l’extérieur et l’intérieur, ou comment l’extérieur va faire bouger l’intérieur.

« Tous les voyages sont nécessaires pour regarder en nous-mêmes à travers les autres »

Paolo Rumiz
En randonnée

Enfin, pour moi, personnellement cette fois, le voyage est souvent relié à l’expérience de la simplicité, du dépouillement, du moins, du vide qui permet de se relier à la nature, à ses rythmes, à une certaine forme de mise à nu (avec la fragilité et la prise de risques que cela comprend) et de vacance de soi, de retour à l’animal. Une expérience de l’humilité profonde, dans ce cas. 

Même si c’est une expérience personnelle, le voyage se vit seul ou en groupe, mais j’ai pu constater que mon approche du voyage ne rencontre pas souvent les envies et approches de mes compagnons de vie, de mes amis, à moins de les rencontrer en voyage justement. C’est d’ailleurs en voyage que j’ai pu vivre mes premières expériences « d’intelligence collective » qui m’ont marquée, et m’ont fait comprendre beaucoup de liens pour passer du « chacun » vers « l’ensemble ». 

« Je ne voyage pas pour aller quelque part, mais pour voyager ; je voyage pour le plaisir du voyage. L’essentiel est de bouger, d’éprouver d’un peu plus près les nécessités et les aléas de la vie, de quitter le lit douillet de la civilisation, et de sentir sous ses pieds le granit terrestre, avec par endroits, le coupant du silex. »

R.L. Stevenson, Voyage avec un âne dans les Cévennes