Fabienne Cottret

* Cheminer et émulsionner le vivant des vivants *

Ce que les chemins m’ont appris de la transformation

Ce que les chemins m’ont appris de la transformation

La métaphore du chemin au long cours me semble une évidence lorsqu’il s’agit de parler de processus de transformation et de changement, qu’il s’agisse de la transformation d’un individu ou d’un groupe.

La première analogie est “l’appel”, “l’instinct du départ”, ce qui nous met en route. Car commencer un processus de transformation, qu’il soit personnel ou en groupe, demande un « déclic », une intuition profonde que « c’est le moment de partir vers un ailleurs ». Ce « déclic » permet de passer du stade de l’envie, du rêve, à l’intention, l’incarnation, jusqu’à devenir une évidence, voire une obsession parfois. Le projet, qui semblait fou au départ, devient possible : il a trouvé une place dans l’esprit, il existe donc déjà un peu.

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Qu’est-ce qu’on emmène?

La seconde analogie est de poser son cadre. Avant de marcher au long cours, on choisit la route ou le chemin que l’on souhaite parcourir, la signification qu’on lui donne dans cette situation précise, et de quoi on a besoin pour s’y lancer : quel matériel sera nécessaire, quelle aide éventuelle devra-t-on aller chercher ? Dans un processus de changement, on définit vers quoi on souhaite avancer, seul ou ensemble et collectivement : une vision commune, une raison d’être, un nouveau modèle économique, un projet de vie, un mieux être… On se pose aussi la question du pourquoi, et même pour quoi. Puis vient le temps de se regarder avec honnêteté et de se poser la question du besoin : de quoi et de qui a-t-on besoin pour se mettre en chemin vers cette vision, cette raison d’être, ce modèle, ce projet de vie, ce pourquoi ?

La troisième analogie est la principale, selon moi : une fois que l’on a décidé de se mettre en mouvement et vers quel lieu, il faudra réussir à se déprendre de ses habitudes de recherche de résultat à tout prix (avec la notion de temps contraint souvent associée) au profit de l’acceptation que l’expérience dans laquelle on se lance sera au long cours, semée de recoins d’incertitudes. Cela demande une grosse dose de lâcher prise sur le résultat, une confiance inébranlable en ses forces intérieures, celles du groupe et celles de chacun dans le groupe, une confiance aussi dans l’aventure que l’on s’apprête à vivre ensemble.

SUR LES CHEMINS, ON PEUT RÉSUMER CELA PAR UNE PHRASE : IL N’Y A PAS DE CHEMIN SANS BUT, MAIS ON N’ATTEINT PAS NON PLUS LE BUT SANS PARCOURIR LE CHEMIN.

C’est parfois difficile à intégrer et à accepter avant de s’être mis en route, car cela remet profondément en cause nos habitudes et envies d’immédiateté. Cela nous fait renouer avec la frustration, celle de ne pas pouvoir “claquer des doigts” pour qu’on nous livre le résultat devant notre porte, celle de ne pas être sûr de voir et percevoir le résultat tout de suite. Cela nous fait aussi renouer avec le temps long et l’expérimentation, c’est à dire le fait de choisir de se mettre soi-même dans une position dans laquelle on ne sait pas à l’avance ce que cela provoquera, une position qui peut donc être inconfortable, un lieu à vivre où tout n’est plus sous contrôle.

Il y a là la peur, celle de la prise de risques. Une acception : celle de sa fragilité en tant qu’individu et en tant qu’organisation. Et une nécessité : celle d’avoir confiance quant à ce qui peut émerger, transformer ses peurs en autant de lieux d’espérances.  Cette confiance n’est pas que de la confiance en soi. Elle est d’abord une confiance dans le processus qui demande de lâcher sur le fait qu’on ne sait pas à l’avance ce qui en émergera, tout en gardant la certitude qu’on saura accueillir ce qui adviendra. C’est aussi une confiance en l’autre, celui qu’on croisera sur le chemin, le partenaire, le collègue, le collaborateur. Tout cela demande enfin, selon moi, une capacité à s’émerveiller et à accueillir la surprise, l’inattendu, quel qu’en soit sa forme : un geste, une parole, une attention, une idée, une proposition chuchotée mais dont on avait oublié qu’elle pouvait exister dans nos vies ou dans nos organisations. 

« J’ai appris que le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre. »

Nelson Mandela
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La  quatrième analogie vient une fois qu’on est parti, qu’on a lancé le processus ou la démarche de transformation, qu’on s’est lancé sur les routes et qu’on a commencé à marcher. On peut avoir l’impression que le plus dur est réalisé… Alors qu’il n’en est rien. Ce que la marche nous apprend, c’est que rien n’est jamais acquis. La blessure, la fatigue, la lassitude, la solitude, peuvent toujours surgir quand on ne les attend plus. Cela ne veut pas dire qu’il faut marcher sur ses gardes en permanence. Cela veut dire que tout reste toujours possible, le bon comme le moins bon. Ce n’est pas parce qu’une étape se passe bien un jour que la suivante se passera bien également. Rien n’est scellé.

SELON MOI, UN CHEMIN N’EST TOUJOURS QU’UNE ÉTAPE DANS UN PROCESSUS PLUS VASTE, DANS UNE EXISTENCE, DANS LE DÉVELOPPEMENT D’UNE PERSONNE COMME DANS CELUI D’UNE ORGANISATION OU D’UN GROUPE.

De la même façon qu’une réflexion qui aboutit à une vision partagée, une raison d’être partagée, est souvent le début d’une démarche plus large, plus profonde. C’est la fin de cette réflexion-là, de cette étape-là, de ce cycle-là… C’est donc aussi le début d’une autre étape : celle de l’engagement, de la motivation, de l’incarnation de la vision ou de la raison d’être en actes, en actions, en offres de services, en partenariats… Puis viendra celle du bilan, celle de la prise de recul, celle de la réévaluation, celle d’une nouvelle envie de départ etc.

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Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas célébrer. Cela veut plutôt dire que Le but atteint n’est peut-être qu’Un but.